dimanche 1 juin 2008

Interview de Laurent Cuniot, directeur musical et chef de tm+


A l’occasion du concert de clôture de saison 2007/2008 de tm+


Que le lecteur de Signal sur bruit se rassure ! La musique contemporaine n’est pas le seul domaine qui me passionne et j’aurai l’occasion de vous faire partager mes autres goûts et découvertes en matière musicale. Si elle n’est pas le seul terrain musical que je fréquente, elle est en revanche un de ceux que j’arpente avec le plus d’appetit et de curiosité, et ce depuis d’assez nombreuses années. Rien ne m’y prédestinait, et en tout cas pas une éducation musicale qui m’aurait a priori familiarisé avec les écritures sérielle, probabiliste, spectrale ou avec quelque autre concept typiquement contemporain. Pour ma part, pas non plus d’appartenance à des cénacles fermés d’érudits nombrilistes … Non, la création contemporaine actuelle n’est pas qu’une musique pour techniciens ou musicologues, ce que l’on lui reproche souvent ! Mais voila, le goût de la découverte, de l’expérimentation sans limite imposée, la recherche du jamais entendu (ou vu) m’ont toujours guidé en matière artistique. Et m’ont notamment amené vers tm+, ensemble orchestral de musique d’aujourd’hui, auquel j’ai récemment eu l’occasion de consacrer un premier article sur ce blog. J’y soulignais déjà que cette formation suit une démarche constante de programmation mixte (entre nouvelles créations et œuvres du répertoire) et de collaboration étroite avec les compositeurs. Ceci rend ses concerts à la fois très vivants et « actuels », mais aussi plutôt accessibles, pour qui fait preuve d’un minimum de curiosité. Nous avons retrouvé cette formation le 23 Mai dernier et avons réalisé, en exclusivité pour nos lecteurs, une interview de son chef et directeur artistique Laurent Cuniot.

CI –Bonjour et merci de nous recevoir !
Laurent Cuniot – Bonjour …

CI - Laurent Cuniot, comment être vous entré en musique contemporaine ?
Laurent Cuniot - Entré en musique contemporaine ? (rire) … Disons que j’y suis venu par l’envie de composer, alors que j’étais encore élève au Conservatoire …. Et cela m’a naturellement amené à découvrir les compositeurs de mon temps.

CI - Mais cette vocation de compositeur semble passée au second plan aujourd’hui …
LC - Il est vrai qu’aujourd’hui, vu de l’extérieur, mon activité de chef, très liée néanmoins à la création grâce aux collaborations actives que nous développons avec les compositeurs, a pris le pas sur celle de compositeur. Mais, je vais revenir à la composition (sourire)… que je n’ai jamais vraiment quittée !

CI - Que signifie exactement « tm+ » ?
LC - On peut dire qu’aujourd’hui le sigle « tm » signifie « territoires musicaux ». Mais historiquement, l’ensemble s’est constitué en plusieurs strates, autour d’un trio initial fondé dès 1977. Il s’agissait du « trio musical + », formation alors spécialisée dans l’exploration de la lutherie électronique de l’époque, c'est-à-dire principalement les outils de synthèse sonore analogique. Nous étions en fait adossés au grm, dont nous étions en quelque sorte l’organe de création des oeuvres, à l’instigation de François Bayle, son directeur. Nous étions très à la pointe de la recherche électro-acoustique et interprétions exclusivement des créations, c'est-à-dire de nouvelles œuvres qui venaient juste d’être composées. Nous explorions parfois aussi le domaine de l’improvisation. Mais la formation et la vocation de l’actuel tm+ ont vraiment pris corps vers 1986, avec le septuor que nous constituions à l’époque (violon, violoncelle, clarinette, cor, percussion et deux synthétiseurs). J’y occupais alors le poste de violoniste et de chef. A cette époque nous n’interprétions également que des créations, exclusivement suscitées par la forme même de l’ensemble. Progressivement j’ai introduit à notre répertoire des œuvres du répertoire, et progressivement aussi d’autres musiciens nous ont rejoints. Aujourd’hui l’ensemble compte vingt musiciens permanents, auxquels s’ajoutent des musiciens invités.

CI - Pourriez-vous citer cinq ou six œuvres contemporaines à découvrir, à destination de ceux de nos internautes qui sont peu familiers avec ce domaine musical ?
LC - Il est évidemment difficile de répondre à une telle question. Il faudrait sans doute considérer d’une part le public de culture classique, d’autre part le public n’en possédant pas ou peu, et qui est finalement peut être plus ouvert à ce que le répertoire contemporain peut représenter d’inouï, d’expérimental …. Ce répertoire reflète d’ailleurs davantage ce qui est en nous, le monde tel qu’il est aujourd’hui, la vitesse de la vie actuelle … beaucoup mieux que la musique des siècles passés. Pour le premier public, je citerais volontiers des compositeurs tels que Dutilleux et Messiaen, qui restent d’une facture relativement classique. Pour ceux qui sont prêts à aborder d’autres contrées, je prescrirais la découverte de compositeurs vraiment actuels, qui intègrent une part de l’héritage contemporain du milieu du 20ème siècle tout en souhaitant quand même rester audibles … et programmés ! Ils réalisent une synthèse entre les acquis de l’avant-garde, son vocabulaire spécifique, et la possibilité d’être entendus et appréciés spontanément au concert. Car il est vrai que pendant les années 50 par exemple, l’avant-garde est allée très loin dans l’expérimentation, ce qui est un bien pour la musique, mais qui l’a rendu parfois hermétique, moins accessible en tous cas. Pour revenir à la question, j’aurais envie de citer l’excellent livre de Pierre Gervasoni (« La musique contemporaine en 100 disques »), ainsi que des compositeurs tels que Tristan Murail, Gyorgi Ligeti, et un compositeur actuel qui lui est très proche, Bruno Mantovani … Pascal Dusapin également. Mais la découverte de ce monde doit absolument passer par le concert, et par l’appréciation par le public du niveau d’excellence, de la virtuosité auxquels les musiciens qui se consacrent à ce répertoire sont parvenus. C’est un élément très important … celui de la découverte d’interprètes d’exception, et la possibilité d’être en contact direct avec les compositeurs, ce que nous tentons constamment de favoriser.

CI - Quelques mots maintenant … peut être même quelques scoops, sur la saison 2008/2009 ?
LC - Tout d’abord, nous effectuerons une tournée en Scandinavie en Octobre, où nous jouerons des compositeurs danois et français. De retour en France, nous programmons un concert-rêverie d’environ une heure, où les œuvres s’enchaîneront les unes aux autres, autour des compositeurs aussi divers que Rameau, Messiaen, Mantovani justement, et Debussy. Ensuite, nous aurons le plaisir de programmer un opéra-bouffe, qui sera donné début Janvier à la Maison de la Musique de Nanterre : Les quatre jumelles de Régis Campo, d’après la pièce de Copi. Nous donnerons également, dans l’espace de projection de l’Ircam, une pièce d’un compositeur italien, Andrea Vigani, qui nécessite la mise en oeuvre d’un important dispositif de spatialisation du son. Et au même programme, le Pierrot Lunaire de Schönberg, que nous essaierons d’interpréter dans l’esprit même du Sprechgesang (« chant parlé » ndlr) de l’époque, c'est-à-dire avec dans le rôle titre une comédienne allemande, Isabel Menke, plutôt qu’une chanteuse.

CI - Pas de compositeur à l’honneur la saison prochaine ?
LC – Non, pas cette année.


CI - Merci Laurent.
LC - Merci et à très bientôt, pour la présentation de la saison 2008/2009 (Samedi 11 octobre 2008 à 18h30)



Vers le concert du 23 mai 2008

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